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rafael pavarotti, l'objectif qui déplace les regards

Lola-Sarah Schneider ·17 septembre 2026

Rafael Pavarotti, l'objectif qui déplace les regards
© Rafael Pavarotti

Vous l'avez sans doute déjà croisé sans le savoir. Derrière les portraits saturés de couleur de Rihanna ou Beyoncé se cache Rafael Pavarotti, ce photographe brésilien d'origine afro-indienne, natif du Pará. Son art se distingue par la position centrale qu'il réserve aux mannequins noirs et indigènes, des silhouettes masculines qui s'éloignent des codes virils habituels et une esthétique colorée héritée de la mode mais qui s'étend bien au-delà.

Photographie de Rafael Pavarotti, exposition au Musée des Arts Décoratifs
© Rafael Pavarotti

La couleur comme héritage

Dans la continuité de Kerry James Marshall, un autre artiste place la pigmentation au cœur de son œuvre. Sans le savoir, vous avez peut-être fait la connaissance de son travail au détour de photos de Rihanna, A$AP Rocky ou Beyoncé. D'abord reconnu dans l'univers de la mode, Rafael Pavarotti s'est aujourd'hui imposé comme une figure incontournable de l'image contemporaine. Du New York Times à Vogue, ses clichés se distinguent nettement par leurs couleurs vives et leurs contours aiguisés, presque picturaux, à la frontière du surréalisme.

La couleur a toujours été plus que de simples pigments pour moi. Elle est un ancêtre, un rythme, un esprit, une mémoire.

“Color has always been more than just pigments to me. It is an ancestor, a rhythm, a spirit, a memory.”

Rafael Pavarotti — Acumen Magazine

Né dans l'État du Pará en Amazonie, ses origines brésiliennes occupent une place centrale dans sa démarche. Pavarotti travaille ainsi volontairement avec des modèles noirs et indigènes pour dénoncer leur absence dans l'histoire de la mode. « En tant que photographe afro-indien brésilien, célébrer l'expérience noire et indigène fera toujours partie de mon travail, car cela fait aussi partie de moi », déclare-t-il au British Journal of Photography.

En 2022, son engagement devient ouvertement politique avec la Une du British Vogue, intitulée As the World Turns, où il met à l'honneur une nouvelle génération de mannequins tels Adut Akech et Anok Yai. Ce projet s'inscrit dans la lignée de pionnières comme Donyale Luna, Beverly Johnson ou Naomi Campbell, et dans la continuité de ses collaborations avec des directeurs artistiques comme Feben ou Ib Kamara, héritiers de Virgil Abloh.

Portrait photographié par Rafael Pavarotti présenté dans l'exposition
Rafael Pavarotti

Déplacer le regard sur le corps

Sur le plan artistique, Pavarotti se distingue également par sa manière d'aborder le corps masculin, qu'il photographie de façon androgyne. Silhouettes tendues, regards directs, gestes retenus marquent une rupture nette avec les poses héroïques et virilistes auxquelles l'industrie de la mode nous a habitués.

Dans cette exposition, Pavarotti nous invite à déplacer notre regard en faisant de chaque photographie un espace de réinvention, au-delà de la simple représentation. C'est cette vision singulière qui lui permet de dépasser le cadre de la mode et de s'inscrire durablement dans la photographie contemporaine. Car c'est bien là que réside aussi la force de son geste. La mode est l'une des industries les plus médiatisées et les plus regardées au monde. Et de fait, y imposer d'autres corps, d'autres regards, d'autres récits, c'est, d'une certaine manière, frapper là où l'image circule le plus vite et le plus largement, dépassant largement le cadre du vêtement.

Rafael Pavarotti
Musée des Arts Décoratifs
Du 2 octobre 2026 au 2 mai 2027
Plein tarif 18 € · Réduit 10 € · Gratuit −26 ans

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